[French] Les kastom stori (kastom = tradition et stori = histoire) sont des histoires qui font partie de la tradition orale des groupes culturels salomonais. Jusqu’à récemment, elles n’étaient jamais écrites et de ce fait, il peut exister de nombreuses versions de la même histoire qui varient selon les régions et selon les gens qui les racontent. La trame principale reste la même et les narrateurs sont libres d’enjoliver l’histoire à leur gré tout en respectant son intégrité. Il arrive que certains narrateurs, les plus jeunes en particulier, attribuent l’origine d’une histoire à leur groupe ethnique, sans savoir que ladite histoire vient en fait d’une autre région et d’un autre groupe ethnique. D’autres narrateurs choisiront de rendre l’histoire plus véridique en situant l’action à un endroit précis de leur région, en faisant référence à des éléments topographiques précis. Dans certains cas, les narrateurs insèrent dans les histoires locales des personnages tirés des contes de fées ou histoires occidentales pour enfants, soit pour les enjoliver, soit pour les rendre plus piquantes, soit encore pour rompre la monotonie des histoires. Certains narrateurs le font sciemment. D’autres ne font que répéter ces histoires hybrides, convaincus qu’ils sont que l’histoire qu’ils racontent est totalement authentique, et sans réaliser que des motifs narratifs exogènes ont été insérés dans des histoires locales. C’est particulièrement le cas des enfants : ils m’ont surprise à maintes reprises en me racontant des histoires qu’ils garantissent être tout à fait locales mais où entrent en scène un roi au lieu d’un chef, un prince, un géant qui mange les enfants, etc. Dans les villages, ces histoires sont racontées en langue vernaculaire, le soir après le travail quand les familles se réunissent, ou lors de réunions des villageois à l’occasion d’évènements particuliers. En ville, où je les ai recueillies, elles sont le plus souvent racontées en Pijin. Dans les années 90, il existait à la radio nationale (Solomon Islands Broadcasting Corporation) une émission spécialement dédiée à ces histoires : un conteur remarquable du nom de Luke Susuta en lisait quelques-unes chaque soir. Cette émission avait un grand succès auprès des familles et des enfants et contribua sans aucun doute à la diffusion de la version Pijin de ces histoires au sein de la population du pays.

On en trouvera ici deux exemples. Je les présente telles que je les ai recueillies, c’est-à- dire dans le texte intégral en respectant la prosodie locale et en laissant les répétitions propres au style narratif local. J’ai cependant éliminé les hésitations propres au langage parlé. La première de ces histoires est proposée avec l’analyse grammaticale, la traduction interlinéaire et la traduction libre. Cette façon de procéder permettra au lecteur de repérer la syntaxe et la morphologie de la langue dans un texte écrit. La seconde est proposée uniquement avec la traduction libre.

Kastom: Bakua

Kastom: La fille du serpent