[French] Voici la transcription d’une conversation avec Kati, jeune fille de 15 ans qui est employée comme bonne à tout faire dans la famille de sa cousine maternelle. Arrivée du village il y a quelques mois après avoir été retirée de l’école par ses parents, elle explique qu’elle aimerait bien retourner à l’école. Mais elle est tiraillée par un choix douloureux : retourner au village familial dans une vie qui lui plaît en général mais ne pas pouvoir retourner à l’école, et rester en ville dans une situation familiale difficile mais où la possibilité d’aller à l’école est bien tentante. La situation de Kati n’est pas rare ; bien des jeunes salomonais sont confrontés à ces choix difficiles. Dans les villages, la pression sociale est telle qu’elle ne pourra retourner à l’école vu son âge. En ville, cela lui semble possible.

K. Bat iu save, wanfala samting hem no gud long mifala long hom, wans iu big lilebit stat olsem, bae oketa se : « hao nao hem go skul big olsem? ». So hem no gud lon hom.

Mais tu sais, il y a quelque chose qui est difficile chez nous au village. Une fois qu’on est grande, les gens disent : « Comment se fait-il qu’elle aille encore à l’école ? » Ce n’est pas drôle au village.

Wans long taon hem lilebit gud. Lo taon, mi lukim olketa bibik gele ia, olkeat duim klas siks nomoa. Long hom mas hem olsem nao : « Kwe, lukim hem nomoa big gele skul wetem oketa smol pikinin! » bae otta se. « Fitim iu marit! » bae oketa hihia nao ia.

Une fois qu’on est en ville, c’est un peu mieux. En ville, j’ai vu des filles déjà grandes qui étaient en dernière année de primaire. Au village, les gens diraient : « Eh ! Regarde cette grande fille qui est en classe avec les petits enfants ». C’est ce qu’ils diraient. « Elle a l’âge de se marier », c’est ce qu’on entendrait.

So hem nomoa memekem maen blong iu nogud. Long taon, mi lukim otta bibig gele ia, bat oketa no save toktok olsem long oketa. Ia. Oketa big bat oketa save go lo skul.

C’est ça qui fiche le moral en l’air. En ville, j’ai vu de grandes filles aller à l’école, mais personne ne leur parle comme ça. Elles sont grandes, mais elles vont à l’école.

C : Iu mas ripit gred siks blong iu?

C : Est-ce que tu dois redoubler ta dernière année de primaire ?

K : Wanfala taem nomoa ia mi sit daon long tes blong mi. Standard sikis. Mi no pas nomoa, mi kam ia. Otta se : « iu ripit baek moa ».

K : J’ai passé l’examen seulement une fois. Classe six. Mais j’ai échoué et je suis venue ici. Ils m’ont dit : « tu dois redoubler »

C : Trae go.

C : Essaie

K : Hem nomoa mi les long hem. Distaem sapos mi skul long hom, bae mi les naia.

K : Je n’ai pas très envie. Je n’ai plus très envie d’aller à l’école au village.

C : Long hom iu les?

C : Tu ne veux pas y aller au village ?

K : Ia, bae otta tok abaot mi, mi les. « Lukim, hem bik bat hem skul wetem otta smol pikinini ». Bae mi les. Long taon, bae hem lilebit gud. Dadi blong mi se hem wande sendem mi long vokesonol long Batuna taem ia mi smol iet, mi ste long hom. Mi kom long hia, mi lilebit karem bonti.

K : Oui, parce qu’ils vont parler de moi : « regardez, elle est grande, mais elle va en classe avec les petits enfants. Je ne veux pas. En ville, c’est un peu mieux. Mon père m’avait dit qu’il voulait m’envoyer dans une école technique à Batuna, mais j’étais trop petite à l’époque et je suis restée à la maison. Depuis que je suis ici, j’ai grandi.

C : Iu stat fo big nao.

C : Tu deviens grande.

K  : Ia, so mi fraet, dat taem mi smol tumas. Bae mi go long vokosenol wetem otta big gele an big boe, bae mi hao, mi se nao.

K : Oui, j’avais peur car j’étais trop petite. Aller à l’école technique avec de grandes filles et de grands garçons, ça me faisait peur.

C : Distaem, watkaen vokesonol skul nao iu laek go long hem?

C : Maintenant, dans quelle école technique tu veux aller ?

K : Long Batuna, iu save? Fo trening osem soing otta kaleko.

K : À Batuna, tu connais ? Pour apprendre à coudre les vêtements.

C : Hem naes long iu?

C : Ça te plaît ?

K : Hem naes lilebit.

K : Ça me plaît un peu.